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Alimentation du cheval sans céréales : la ration qui tient

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Alimentation du cheval sans céréales : la ration qui tient

Une alimentation du cheval sans céréales remplace l’orge, l’avoine et le maïs par des fibres et des matières grasses : fourrage en quantité, luzerne, pulpe de betterave, huile végétale et complément minéral vitaminé. L’enjeu n’est pas la mode, mais l’amidon. L’IFCE fixe la limite à 1 g d’amidon par kilo de poids vif et par repas.

Ce que la mention « sans céréales » dit, et ce qu’elle cache

Un aliment estampillé sans céréales ne contient ni orge, ni avoine, ni maïs, ni blé. Cela ne garantit en rien qu’il soit pauvre en sucres. Mélasse, graines de légumineuses et coproduits sucrés restent parfaitement compatibles avec cette mention commerciale.

L’étiquetage réglementaire impose la liste des matières premières classées par importance pondérale décroissante, ainsi que les teneurs en protéines brutes, matières grasses brutes, cellulose brute et cendres brutes, rappelle l’IFCE. La teneur en amidon, elle, ne figure pas parmi les mentions systématiquement présentes. Les valeurs en UFC et en MADC ne sont pas obligatoires non plus : elles vivent le plus souvent sur la fiche produit du fabricant.

Trois repères suffisent à trier un sac en sellerie :

  • Le premier ingrédient de la liste pèse le plus lourd dans le mélange. Une luzerne ou une pulpe de betterave en tête annonce un aliment réellement fibreux.
  • Un aliment complet renferme en général 15 à 20 % de cellulose brute, un aliment complémentaire seulement 9 à 10 %, selon l’IFCE.
  • La mention sans céréales ne dit rien du sucre. Cherchez la mélasse dans la liste, et réclamez la teneur en amidon au fabricant quand elle manque.

Pourquoi l’amidon dérange un tube digestif d’herbivore

Le cheval est un herbivore monogastrique dont l’estomac ne représente que 8 % du volume de son tube digestif, pour 15 à 18 litres, quand le gros intestin en occupe 60 %. À l’état naturel, il broute par petites prises successives environ 15 heures par jour. Une ration bâtie sur de gros repas de concentrés va donc à rebours de son anatomie.

Cet estomac sécrète en continu, entre 10 et 30 litres de suc gastrique par jour d’après l’IFCE, que le cheval mange ou non. Sa partie haute, la muqueuse squameuse, affiche un pH de 5 à 7 et ne produit aucun mucus protecteur : elle encaisse mal l’acidité. Un repas riche en amidon aggrave l’exposition, puisqu’il séjourne en moyenne 8 heures dans l’estomac contre 2 heures pour les fourrages et les liquides.

Cheval broutant au pré, nez dans l’herbe, lumière rasante de fin de journée

La suite du trajet compte autant. L’intestin grêle digère 70 à 95 % de l’amidon et des sucres solubles par voie enzymatique, mais son activité sature. Au-delà du seuil, l’amidon résiduel file vers le gros intestin, où les bactéries amylolytiques le fermentent en acides gras volatils et en lactate. L’acidification qui suit déséquilibre le microbiote fibrolytique. L’IFCE range ce mécanisme parmi les principales causes de coliques et de diarrhées, et le relie aussi à la fourbure.

Les deux seuils qui structurent toute la réflexion

L’institut chiffre la limite sans ambiguïté : 1 g maximum d’amidon par kilo de poids vif et par repas, et idéalement moins de 2 g par kilo de poids vif et par jour. Traduit en grains, avec les teneurs des tables INRA (2011), le plafond arrive vite pour un cheval de 500 kg :

  • Avoine, 362 g d’amidon par kilo brut : 1,4 kg maximum par repas, 2,7 kg par jour.
  • Orge, 521 g par kilo brut : 0,96 kg par repas, 1,9 kg par jour.
  • Maïs, 641 g par kilo brut : 0,78 kg par repas, 1,56 kg par jour.

Beaucoup d’écuries dépassent ces valeurs sans le savoir, notamment parce que la mesure se fait au volume. Un litre d’avoine est deux fois moins énergétique qu’un litre de maïs, souligne l’IFCE, qui conseille de peser la mesure à chaque nouvelle livraison.

Alimentation du cheval sans céréales : à qui elle profite vraiment

Le premier groupe concerné est celui des chevaux à estomac fragile. Les ulcères de la portion squameuse touchent 50 à 90 % des équidés selon les études et le type d’utilisation, ceux de la portion glandulaire 8 à 65 %, indique l’IFCE. Le chiffre le plus parlant reste celui d’une étude citée par l’institut : 37 % de chevaux de course atteints avant la mise à l’entraînement, contre 100 % trois mois après.

Viennent ensuite les chevaux à trouble métabolique. Chez un cheval atteint de syndrome métabolique équin, l’insuline circule sans agir correctement sur les cellules, et le risque de fourbure grimpe. La fourbure d’origine alimentaire est la plus fréquente : plus de la moitié des cas surviennent au pâturage, et la forte surconsommation de céréales est incriminée dans environ 10 % des cas. Chez les chevaux atteints du syndrome de Cushing, la prévalence de la fourbure atteint 50 à 80 % selon les études.

Le troisième groupe est le plus large, et le plus souvent suralimenté par habitude : le cheval de loisir monté quelques heures par semaine. L’IFCE est explicite sur ce point, une ration 100 % fourrages couvre pratiquement tous les besoins des équidés à l’entretien. Retirer les granulés d’un cheval qui travaille peu ne le prive de rien, à condition de compenser les manques en minéraux. Les repères généraux de la ration sont détaillés dans notre guide sur comment bien nourrir son cheval au quotidien.

Le fourrage porte la ration, le reste ne fait qu’ajuster

Retirer les céréales sans augmenter le fourrage revient à créer un déficit. Pour garantir une bonne santé digestive, l’IFCE préconise des quantités de fourrages situées autour de 1,5 à 2 % du poids vif, soit 6,25 à 10 kg de matière sèche par jour pour un cheval de 500 kg, les références récentes montant jusqu’à 3 %. La proportion de fourrages ne descend jamais sous 20 % de la ration.

Bottes de foin de prairie stockées sous un hangar, brins verts et souples

La répartition dans la journée pèse autant que la quantité. Dans ses recommandations de prévention des ulcères, l’institut conseille un foin distribué à volonté, ou au minimum 1,5 à 2 % du poids vif en matière sèche, fractionné en 4 à 6 repas de façon à ne jamais dépasser 6 heures entre deux distributions. Les slow-feeders allongent le temps d’ingestion sans multiplier les passages à l’écurie.

Un piège classique guette les chevaux faciles à entretenir : la paille comme unique source de fibres. Pauvre en protéines et en calcium, elle possède un faible pouvoir tampon sur l’acidité gastrique et figure parmi les facteurs de risque d’ulcères identifiés par l’IFCE. Elle complète un foin, elle ne le remplace pas.

Les briques sans amidon qui remplacent l’orge et le maïs

Une ration sans céréales se construit avec quatre familles d’aliments, toutes documentées dans les tables INRA reprises par l’IFCE :

  • La luzerne déshydratée : 0,57 à 0,70 UFC par kilo brut, sans amidon, riche en protéines et en lysine à raison de 8 g par kilo de matière sèche. Sa teneur en calcium crée un effet tampon dans l’estomac qui limite le développement des ulcères gastriques.
  • La pulpe de betterave : 0,76 UFC par kilo brut, pauvre en amidon et en sucres solubles. Les glucides qu’elle apporte représentent 80 % de sa matière sèche et se présentent surtout sous forme de fibres très fermentescibles, hémicellulose, cellulose et pectines. Une intégration à 25 % de la ration est bien acceptée ; au-delà de 45 %, des refus apparaissent.
  • Les huiles végétales : 2,96 UFC par kilo, sans amidon ni protéines. L’apport reste plafonné à 50 mL pour 100 kg de poids vif, soit 300 mL chez un cheval de 600 kg, avec une montée en puissance sur trois semaines pour éviter diarrhées et perte d’appétence.
  • Les tourteaux et les graines de légumineuses : le tourteau de soja apporte 383 g de MADC par kilo brut sans amidon, la féverole 209 g. Ces sources corrigent un fourrage pauvre en protéines.

Un complément minéral vitaminé reste indispensable dès que le fourrage seul ne couvre plus les besoins. Aucun de ces aliments n’apporte le profil complet en oligo-éléments et en vitamines A, D et E qu’un cheval au travail réclame.

Un cheval de sport peut-il travailler sans céréales ?

La question a longtemps semblé tranchée par la performance. Les travaux compilés par l’IFCE disent l’inverse. Jansson et Lindberg ont testé en 2012 un régime 100 % enrubanné récolté précocement, de 13 à 17,4 kg par cheval et par jour, complété par un aliment minéral vitaminé, sur des trotteurs américains : les performances sportives n’ont pas souffert par rapport à une ration classique riche en amidon.

Ringmark et ses coauteurs ont prolongé l’essai en 2017 sur de jeunes trotteurs nourris à l’enrubanné à volonté, avec 250 g à 1 kg de granulés de luzerne et un complément minéral. La proportion de poulains qualifiés à deux ans est restée identique à celle de leur génération, sans trouble digestif ni stéréotypie observés. Julliand a montré de son côté, en 2018, que les régimes à base de foins enrubannés, de luzerne et de pulpes de betterave couvrent les besoins énergétiques de chevaux de course en travail intense, avec une insulinémie plus basse et une consommation d’eau supérieure.

Cavalier au galop dans une carrière sablonneuse, cheval musclé et brillant

Deux bénéfices annexes méritent d’être connus : l’introduction d’une part importante de fourrages permet jusqu’à 50 % d’économies sur la ration, et une petite quantité de foin distribuée dans les heures précédant l’épreuve protège l’estomac sans peser sur l’effort. Reste la limite du système, honnêtement posée par l’IFCE : la qualité des fourrages varie d’une parcelle et d’une année à l’autre, ce qui rend une analyse en laboratoire fondamentale pour équilibrer la ration. Les besoins réels d’un cheval selon son activité se lisent aussi dans les exigences propres à chaque discipline, comme celles du concours de saut d’obstacles.

Réussir la transition sans casser la flore intestinale

La flore du gros intestin met du temps à se réorganiser. Tout changement brutal la déséquilibre, ce qui rend la précipitation plus risquée que les céréales elles-mêmes. Une transition tenue sur plusieurs semaines suit quatre étapes simples :

  • Augmenter d’abord le fourrage jusqu’à la cible de 1,5 à 2 % du poids vif, avant de toucher aux concentrés.
  • Réduire les grains par paliers, en supprimant en priorité le maïs et l’orge, les plus chargés en amidon.
  • Introduire luzerne et pulpe de betterave progressivement, la pulpe réhydratée limitant le risque d’occlusion œsophagienne.
  • Monter l’huile sur trois semaines, puis vérifier l’équilibre en minéraux et vitamines de la ration finale.

Seau de pulpe de betterave réhydratée et poignée de granulés de luzerne posés sur un banc d’écurie

Le tableau de bord reste le cheval lui-même. La note d’état corporel, évaluée sur une échelle de 1 à 5 avec un optimum à 3 selon l’IFCE, se contrôle par la palpation des côtes toutes les deux à trois semaines. La consistance des crottins, l’appétit et l’allant au travail complètent la lecture. Un poil qui se ternit ou une mue qui traîne signalent souvent un déséquilibre : ces signes se repèrent brosse en main, comme le décrit notre article sur le pansage adapté à la saison.

Les erreurs qui annulent tout le bénéfice

La première consiste à croire que sans céréales signifie sans sucre. Pour un cheval atteint de syndrome métabolique équin, l’IFCE écarte tout aliment concentré à base de céréales, de mélasse ou de betterave riche en glucides solubles, et recommande un foin fibreux récolté tardivement ainsi qu’un accès à la pâture restreint.

La deuxième erreur porte sur l’herbe. La proportion de glucides solubles y est généralement trop élevée au printemps et à l’automne, et un accès limité à quelques heures pousse les poneys à ingérer d’énormes quantités en un minimum de temps. Une ration sans céréales ne protège de rien si le pré fournit le sucre que le seau ne fournit plus.

Troisième piège, l’ordre de distribution. Les fourrages passent avant les concentrés, ce qui limite le balayage de ces derniers vers le gros intestin avant leur digestion. Un cheval qui reste vif au travail malgré une ration allégée relève parfois moins de l’assiette que de la conduite en selle, un sujet traité dans notre rubrique sur la pratique de l’équitation.

Prochaine étape concrète : pesez la mesure que vous utilisez chaque matin, multipliez son contenu par la teneur en amidon du grain distribué, et comparez le résultat au seuil de 1 g par kilo de poids vif. Le verdict tombe en cinq minutes, et il décide de tout le reste.

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